THE SHOW

IS OVER

Pourquoi je n'exposerai plus :

 

Depuis l'été 2018, comme certains d'entre-vous ont pu le constater, je ne m'engage plus dans les expositions qu'on me propose.

 

Mes dernières expositions, de 2018 et 2019, ont eu lieu du fait qu'elles furent engagées avant cette décision : je ne pouvais décemment pas faire faux-bond à mes interlocuteurs et partenaires artistes.

 

Il est inconcevable pour moi de participer à des expos sans y présenter des oeuvres récentes et, depuis l'an dernier, je ne produis plus.

 

 

Pourquoi je ne produis plus ?

 

La raison principale est que je n'ai toujours pas d'atelier depuis l'hiver 2015, époque où j'ai emménagé à Regnéville-Sur-Mer dans le département de la Manche (50), dans la région Normandie.

 

J'ai tout tenté... ou pas tenté tout qu'il aurait fallu, mais j'ai tenté bien des choses... en vain.

 

Sur Facebook, ici sur ce site, par bouche-à-oreille, sollicitations d'élus locaux, petites annonces... sans résultat.

Quelques productions naquirent dans un atelier collectif où j'ai pu louer, au printemps 2018, quelques mètres carrés à Blainville-Sur-Mer, mais dans des conditions inadéquates : trop loin (12 km), avec des créneaux horaires imposés (local attenant à un commerce) et ouvert au public, ce qui est dérangeant quand on est focalisé sur une tâche nécessitant d'être au calme.

 

Il y eut un espoir : en répondant à une annonce pour un local à louer, j'avais enfin trouvé un atelier. Un joli local près de chez moi, accessible à pied, chez des propriétaires accueillants et bienveillants. Mais sans électricité, ce qui était déjà compliqué. Mon compagnon et moi avions commencé à l'aménager. Seulement notre revenu insuffisant ne nous permit pas d'acquérir les matériaux nécessaires à l'installation, ni d'en payer le loyer. J'ai dû me résigner à le restituer à son propriétaire au bout de quelques mois, sans même y avoir travaillé un seul jour.

 

 

Qu'est-ce qui n'a pas marché ?

 

Plus personne ne sait en quoi consiste le mécénat :

 

Depuis des années, et parce que n'ayant pas les moyens de louer un local (explications plus loin dans le texte), j'ai sollicité soit le prêt d'un local par des particuliers ou les collectivités locales, soit l'attribution d'un local en échange d'oeuvres.

 

L'attribution d'un local en échange d'oeuvres au prorata du montant d'un loyer, c'est du mécénat.

 

Historiquement, le mécénat consistait, pour un prestataire privé, à aider un artiste soit en lui achetant des oeuvres, soit en lui fournissant du matériel, des outils de production, des locaux... afin qu'il puisse créer, produire, émerger en termes de renommée et de revenu.

 

En France, le mécénat privé n'a plus d'existence reconnue. Rien, en termes statutaires, ne permet à un acteur privé d'aider un artiste et s'il le fait pour un artiste méconnu, aucun statut ni avantage fiscal ne lui est accordé. Ce qui suppose que le mécène privé soit vraiment motivé dans son action que seule la passion de l'Art justifie. Ce qui, de fait, lui accorde véritablement le noble titre de mécène.

 

Seul existe un simulacre de mécénat, pompeusement appelé "mécénat d'entreprise", qui consiste à parrainer des associations pour des projets culturels précis, ponctuels, moyennant des abattements fiscaux. Il ne s'agit donc pas de mécénat artistique, même si ça prétend se nommer ainsi. C'est juste du sponsoring événementiel : un ersatz, une mystification, une imposture, une singerie... appelez ça comme vous voulez, mais pas du mécénat, même si ça peut aider à la production d'événements culturels.

 

À notre époque où se perd le sens des mots, on nomme "mécénat" ce qui n'est que du parrainage.

 

Saturer le mot "mécénat" du sens afférent à "parrainage", c'est tuer le mécénat. Les peintres et sculpteurs, les "artistes de la main" sont devenus persona non grata dans le paysage culturel Français. Escamoter le nom de ceux qui les soutiennent est un moyen des plus efficaces pour les néantiser, réduisant ainsi les artistes au silence des burins et des pinceaux.

 

Ces dernières décennies ont bien opéré leur entreprise de lavage des cerveaux : à présent, le mécénat fait partie des mots oubliés, escamotés, remplacés, dissimulés . Plus personne – ou presque – ne sait ce que c'est. L'imprudent qui se risque à l'évoquer s'entend répondre "parrainage", "sponsoring" ou – au moindre pire – "mécénat d'entreprise". Car désormais, ces deux mots sont devenus accolés en une discordante créature bicéphale. L'amnésie sémantique a fait son oeuvre.

 

Alors voilà : quand je parle autour de moi de ce que je cherche, personne ne comprend. C'est comme si nous ne parlions pas la même langue.

 

 

Le mot "atelier" : c'est du klingon¹.

 

Si Mâdâme fait de la peinture, elle peut se contenter d'une chambre pour s'adonner à son passe-temps proprement et si un peintre oeuvre dans sa cuisine, c'est parce que son mode de vie solitaire et/ou sa technique de prédilection lui permettent de travailler dans un espace restreint, ce qui est exceptionnel. Je connais une artiste dans mon village qui fait des merveilles dans sa cuisine. Mais elle vit seule et travaille à l'huile et au couteau, ce qui nécessite effectivement moins de place que pour l'acrylique marouflée sur bois.

 

Quand j'évoque la nécessité d'un atelier pour peindre, l'immense majorité des interlocuteurs imagine un espace réduit, suffisant pour un peintre de chevalet. Mais les peintres de chevalet sont une catégorie : ils peignent sur chevalet et peuvent donc se contenter d'un espace assez restreint, quoique tout dépend de la taille de l'outil. Le Radeau de la Méduse fut certes peint sur un chevalet, mais certainement pas dans une chambre mansardée !

 

La peinture, ça fait des taches. Oh ! Diantre-pouah ! D'ailleurs, faire des taches, c'est sa tâche à la peinture. Pardon d'ajouter cette phrase incongrue, mais les accents circonflexes mal-t'à-propos sur les taches, qu'elles soient de peinture ou de gras, tendent à m'exaspérer.

 

Quand la tâche tache, c'est un atelier qu'il faut. Pas une alcôve.

 

La technique que j'utilise, les peintures, outils, stockage des toiles, les tables de marouflage, la table à dessin... nécessitent au moins trente mètres carré. Dans la cabine de peinture (comme chez les carrossiers), il faut une protection des murs, du sol et un évier à proximité pour procéder au nettoyage des outils.

 

Pour la lumière, la croyance commune selon laquelle un peintre ne peut travailler sans lumière naturelle à toute heure du jour et de la nuit n'est qu'un lieu commun. Bien sûr que j'aime en bénéficier quand c'est possible, mais je n'en demande pas tant. C'est un luxe dont je peux me passer : de bons éclairages blancs, respectant les teintes, me suffisent. Ce n'était pas un loft lumineux que je cherchais ; juste un endroit d'une surface suffisante pour produire.

 

Mais voilà : il faut à chaque fois expliquer et à chaque fois, l'auditoire a du mal à visualiser.

 

Un atelier, pour moi, c'est minimum trente mètres carré avec un point d'eau et de l'électricité. Un point d'eau : je peux installer un évier et des toilettes sèches s'il n'y en a pas. L'essentiel est que l'eau arrive. Pour l'électricité, il me faut de quoi installer des éclairages, un chauffage d'appoint si possible et une bouilloire électrique pour mon thé. Le thé est mon indispensable carburant. Travailler sans chauffage, c'est possible : bonnet, écharpe, superpositions de pulls, vieille doudoune, mitaines, thermos de thé... moins d'heures sur place en hiver... on y arrive quand même. Mais avec c'est mieux, disons.

 

Là, je rabâche. Je l'ai tellement répété partout où j'ai pu que je me demande comment je puis encore tomber sur des incrédules s'imaginant qu'une simple piaule suffit. D'autant que je le redis encore alors que j'ai bien compris que c'est foutu. Mais bon...

 

 

La Maison des Artistes

 

... qui m'a radiée quand je leur ai appris que j'étais handicapée et que je ne pouvais pas déclarer assez de revenus pour entrer dans leur créneau. Normal : je n'ai pas d'atelier et j'ai le statut de han-di-ca-pée !

 

Il existe des aides de la MdA pour accéder à un atelier, mais si tu n'as pas d'atelier parce que ton allocation handicap est insuffisante pour louer et produire, donc pas assez de chiffre d'affaire pour être admis à la MdA, tu n'auras aucune aide pour accéder à un atelier. Cherchez l'erreur.

D'autre-part, pour avoir le droit d'exposer en certains lieux, pour se faire rembourser ses frais de déplacement, de transport... par les organismes exposants, il faut être inscrit à la MdA. C'est le règlement.

 

Parce que voilà : en France, il n'existe aucun statut pour les artistes handicapés. Un travailleur handicapé ne peut qu'être salarié ou entrepreneur, mais pas artiste.

Et on ne prête qu'aux riches.

 

Le statut d'artiste plasticien, c'est juste pour les valides ou pour ceux qui ont un conjoint assez fortuné pour payer l'atelier. Mon compagnon est travailleur handicapé au chômage : son revenu est inférieur au mien. Nous vivons en dessous du seuil de pauvreté alors payer un loyer supplémentaire est hors de question.

 

Quand un handicapé Français est peintre, on l'invite à "faire de la peinture" en atelier associatif pour mémés scrapbookeuses, encadré par de bien-pensants youkaïdi-youkaïda professionnels. Parce qu'en France, les handicapés sont un peu débiles, hein. Il sont gentils et font de jolies choses, mais il ne faudrait pas non plus qu'ils prétendent être des artistes à part entière. Laissons donc l'Art aux artistes (ni sourds ni autistes ni rescapés ni boîteux, etc.) et la peinture aux petits aquarellistes du dimanche. Pour un peu, on pourrait dire – comme pour l'autisme – qu'il y a les artistes idiopathiques (professionnels autorisés) et les artistes syndromiques (à qui on fait coller des gommettes et pour qui l'on organisera une exposition sur grilles avec un vernissage au Champomy pour les récompenser).

 

J'ai honte pour mon pays. Vraiment.

 

 

Le rayon de recherche

 

Mon pluri-handicap ne me permet pas de conduire sur des durées trop longues car je suis trop fatigable ou, pour y parvenir, je dois augmenter certains médicaments, ce qui s'appelle du dopage. Sinon il y a le café serré, des bassines de café pour ne pas tomber de sommeil : ça peut marcher mais mon estomac aime moins. Outre cela, je n'ai pas les moyens de mettre du carburant dans ma voiture que je réserve uniquement aux déplacements indispensables : ravitaillement, soins médicaux, rares visites à la famille dans le département. Je n'ai plus les moyens de me déplacer pour flâner ou pour bosser.

 

Alors je dois pouvoir m'y rendre à pied.

 

En vélo ? J'aime bien le vélo mais c'est limité aussi pour moi : si je me blesse lors d'une chute, les conséquences peuvent être lourdes.

 

Donc atelier dans le village, à proximité, le plus près possible de chez moi. Deux kilomètres maximum, et encore.

 

 

La localisation socio-culturelle

 

La localité est nantie de résidences d'artistes. Ce centre culturel fut créé et géré hors sol par le département, sans que le maire ni les habitants n'aient été consultés ni impliqués, au prix de la fermeture du musée local qui faisait leur fierté. Ce centre accueille en "résidence" (ah ! Ce mot...) des artistes de partout... sauf d'ici. Artistes en tous domaines et plutôt dans l'événementiel, bien sûr. Comme il s'agit encore de ce "mécénat" qui n'en a que les lettres alignées, les attributions des locaux sont temporaires et ne s'intéressent qu'aux projets. Donc pas aux artistes. Les artistes ne sont là que pour servir des projets, et un projet n'est pas une oeuvre.

 

Si l'oeuvre est le fruit d'un projet plus ou moins structuré, plus ou moins formel et plus ou moins dicible, le projet ne fait pas l'oeuvre. L'artiste on s'en fout. Idem avec le diplôme qui, dans notre pays, tient lieu de talent.

 

Si l'Art est l'Art, c'est justement parce qu'il est un langage, un outil d'expression, un médium censé dire l'ineffable. Alors planifier une oeuvre dans un dossier de projet, c'est déjà tuer l'oeuvre dans l'oeuf.

 

Quand je fais une esquisse préparatoire, c'est un projet. Mais le discours sur cette esquisse m'appartient et je ne veux pas violer (on dit spoiler maintenant) ma production picturale par des mots qui ne feront que l'empêcher d'être. De même que mes esquisses ne sont pas exhibitionnistes.

 

Selon moi, un peintre qui divulgue ses intentions picturales pour accéder à une résidence se tire une balle dans le pied, se vend comme la peau de l'ours. Il aura certes droit à des moyens, mais au prix du résultat. L'Art n'a pas à se soumettre aux diktats d'une autorité, fut-elle culturelle.

 

Pour être, l'Art doit être majeur, libre, mature, maître, et si des règles doivent en déterminer la réalisation, ce sont les règles de l'Art. Qu'il s'agisse de savoir-faire ou d'esthétique, ces règles doivent échapper aux filtrages officiels comme marchands. Art officiel, art du marché sont d'ailleurs devenus si confondus depuis quelques décennies que les différencier relève du défi.

 

Je n'ai pas le profil pour prétendre à ce type de service. Je regrette juste que les artistes de la commune concernée n'aient jamais été consultés sur ce programme.

 

 

La motivation locale

 

Bien que chaleureusement accueillie, je n'ai pas eu l'impression de trouver grande motivation pour cette histoire d'atelier. Personne ne semble avoir considéré le problème avec sérieux : les artistes c'est sympa, ils agrémentent les murs lors des événements locaux, les touristes affluent chaque été dans les lieux d'exposition, on fait appel aux plasticiens parce qu'ils sont serviables, accueillent le public sans rémunération, font vivre les lieux, font la fierté des habitants et des propriétaires de résidences secondaires très satisfaits de cette effervescence culturelle conduite avec courage par tous ces bénévoles qui font vivre ce village.

 

Les artistes c'est sympa... mais ces artistes, peu de citoyens ont compris qu'ils sont des êtres humains ne vivant pas que d'amour (quand ils en ont) et d'eau fraîche (tant qu'il y en a) mais aussi : paient leurs factures, ont des enfants, des petits-enfants, tombent malades, ont des frais comme tout le monde et... vivent la plupart du temps en dessous du seuil de pauvreté.

Mon handicap est hétérogène mais j'en connais les limites comme les possibilités. Une de ces limites est que ma façon de parler, tantôt hachée, tantôt monocorde, impacte faiblement mes interlocuteurs qui sous-estiment souvent la portée de ce que j'évoque. Il en va de même de mon expressivité, trop sobre pour être perçue. À notre époque, où les démonstrations émotionnelles, le lyrisme, la tenue vestimentaire, la jeunesse... prévalent sur le contenu discursif et la qualité des productions artistiques, les personnes dont l'aspect, le débit verbal et le visage sont peu démonstratifs sont reléguées. C'est ainsi. Il semble donc que l'importance de ce que je dis soit encore sous-estimée. J'en ai l'habitude mais je n'ai toujours pas trouvé la parade pour attirer l'attention sur mes propos. Hurler dans un porte-voix, je ne sais pas faire.

La commune où je vis est un lieu touristique prisé, où nombre de personnes et foyers aisés, voire bien fortunés, possèdent leurs résidences secondaires. C'est aussi un lieu où, quand elles ne sont ni vendues ni à vendre ni acquises par des occupants, des maisons croupissent, se délitent derrière leurs façades occultées. Elles sont nombreuses ces maisons vides ! Elles doivent bien appartenir à des propriétaires : où sont-ils ? S'ils sont quelque part, seraient-ils assez stupides pour laisser pourrir leurs biens au lieu de les prêter ? Sans doute... si l'on en croit ses yeux. On en voit aussi des propriétés flanquées de dépendances inutilisées, qui pourraient recouvrer vie en accueillant un artiste et tout le monde serait bénéficiaire : l'artiste bien sûr, mais aussi le prêteur des lieux : aux premières loges pour assister à l'éclosion des oeuvres, pour en avoir la primeur en acquisition ou en prêt aussi, pourquoi pas ? Pour présenter à son relationnel une de ses trouvailles faisant sa fierté, pour s'évader de ses routines et fonctions de citadin lorsqu'il est en villégiature, pour bénéficier des éclairages, enseignements et regards de l'artiste, apprendre auprès de lui s'il le souhaite et avoir sur place une personne qui passe régulièrement voir si tout va bien, quand on vit à des centaines de kilomètres, c'est plutôt rassurant, non ?... Ce n'est pas de la charité, surtout pas : c'est un échange gagnant-gagnant dont tous ressortent grandis. Et enfin, ce qui fait la plus grande valeur de cet échange, c'est qu'il n'est basé sur aucune transaction pécuniaire : c'est véritablement du lien social.

Comment peut-on manquer à ce point d'imagination constructive ? J'avoue avoir bien du mal à comprendre. Alors, pour aiguillonner un peu votre imagination, Mesdames et Messieurs les gens d'ici, un petit rappel : les secteurs de la restauration, cafés, bars, immobilier, tous commerces de proximité... profitent de la présence d'artistes dans leur zone géographique. Les communes aussi car ça attire de nouveaux résidents, donc toutes taxes afférentes à leur présence, qui reviennent dans les caisses de la collectivité. C'est sans doute difficile à chiffrer avec précision, mais il est clair que ça représente une masse de richesse importante générée par le travail (généralement non rémunéré) de ces citoyens artistes. Il serait temps que la collectivité - qui s'enrichit sur leur dos - pige enfin que sans eux ils n'existeraient peut-être pas.

Les expos, c'est bien gentil mais...

Des propositions pour exposer, je n'en manque pas. J'en ai régulièrement. C'est très gentil de m'en proposer, mais ça ne résout pas le problème. L'exposition, c'est la monstration des oeuvres réalisées dans le creuset d'un atelier.

 

Sans laboratoire, pas d'expérimentation, pas de recherche, pas de découverte ni publication possible. On n'aurait pas idée de proposer à un chercheur de publier ses résultats alors qu'il n'a ni fonds ni laboratoire pour les réaliser. Comme pour la recherche scientifique, l'exposition pour un artiste, est l'aboutissement d'un processus ayant d'abord démarré dans un atelier. N'inversons pas les étapes.

Dans ce contexte, exposer des oeuvres anciennes dans une expo n'est valable que lorsque s'y mêlent de nouveaux travaux. Voyons-nous des chercheurs publier dans la revue Nature des résultats obtenus et déjà publiés dix ans avant ? Eh bien c'est pareil pour les arts plastiques.

L'artiste qui court après les expos, la notoriété, les cocktails, les places to be... n'est pas vraiment à sa place sauf à aimer se pavaner. Ces activités sont plutôt du domaine des agents ou du relationnel averti qui font la promotion de ce en quoi ils croient. La place de l'artiste est dans son atelier. Organiser, présenter, assurer les permanences dans les expos... n'est pas de son ressort ou, du moins, ne devrait pas l'être. On y consent en tant qu'artiste parce qu'on a besoin de vendre pour acquérir des moyens de produire, mais c'est une corvée : c'est autant de temps qu'on ne passe pas à concevoir, mûrir de nouvelles oeuvres et les matérialiser. C'est plus qu'une corvée, c'est un esclavage dans la définition pure de ce mot : travail imposé et non rémunéré. Ce que le public ignore le plus souvent.

 

Alors non : proposer une expo à un artiste n'est pas une faveur qu'on lui accorde vraiment, d'autant que les expositions dans les lieux publics n'ont pas pour mission d'assurer des ventes (hormis les marchés d'art, où l'on se heurte à d'autres écueils). Ces expositions ont pour fonction, avant tout autre, d'attirer le public, de distraire, de faire fonctionner l'économie locale... grâce au zèle des bénévoles qui les organisent et des artistes qui les alimentent, le plus souvent gratuitement, sans jamais revendiquer car ils savent qu'aucun soutien n'est à attendre. Dans la tête du public et des collectivités bénéficiaires que ça arrange, l'artiste n'est qu'un oisif distrayeur dépourvu de besoins, à qui on offre une faveur. Alors quand on décline, c'est mal vu. Non mais pour qui se prennent-ils ? Ces capricieux !

N'empêche que c'est à ces capricieux que les territoires doivent, aussi, leur attractivité. Un peu d'attention ne serait pas du luxe, envers les outils nécessaires à ces dits capricieux.

Quant à la situation des galeries d'Art en France, leur disparition planifiée comme la déliquescence de celles qui subsistent, c'est encore un de ces sujets qui fâchent et qu'il serait trop long de développer ici.

 

 

Je suis trop fatiguée pour continuer de m'accrocher dans cette recherche.

 

Je ne ferme pas ma porte à la peinture, non...

Je la claque.

 

Peut-être que l'effet rebond de la porte sur son chambranle la fera se rouvrir ?

Alors...

Entendez donc le fracas de cette porte !

 

 

 

Voilà. Je pense avoir fait le tour des raisons de ma décision de ne plus exposer.

Si une formule peut résumer ces trop nombreuses lignes et années d'espoirs déçus, la voici :

 

Je n'exposerai plus

parce que tout le monde s'en fout.²

 

Merci d'avoir lu, bien cordialement.

                                                                                                       Catherine Boutten

 

 

P. S. - Si vous avez une proposition suffisamment solide pour justifier de me contacter, veuillez cliquer sur la rubrique "Infos pratiques" dans le menu situé en haut de cette page.

(1) - Demandez à Dr Spock (Startrek)

(2) - Excepté les quelques potes et amis qui ont fourni du matériel à certains moments. Ceux-ci doivent comprendre que ce texte s'adresse essentiellement aux collectivités et aux personnes qui, localement, auraient pu faire quelque chose, ne serait-ce que communiquer sur le sujet, faire passer les messages qu'à chaque occasion nous ne manquions pas de transmettre.

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